INTERVIEW RENCONTRE AVEC VINCE

Le Capitaine du Bateau a rencontré Vince à quelques jours de son exposition à L'Atelier Hauteville.

Un entretien intimiste dans son antre pour mieux connaitre notre moussaillon.

Images et musique par Jessica Rispal

https://www.facebook.com/stan.vince

FOCUS MARCO CAPPELLACCI

Marco Cappellacci est entré dans Le Bateau au numéro 9 et nous le retrouverons dans le prochain (#10). Ses dessins interpellent par leur précision et leur univers poétique torturé.

Animateur et illustrateur, Marco Cappellacci est né à Urbino en 1988.

 

Son court métrage d'animation "Le Fobie del Guard Rail" est inséré dans le DVD "Animazioni 2, Cortometraggi Italiani Contemporanei" et "L'animation Indépendante italienne Vol.1" édité par Andrea Martignoni et Paola Bristot, décerné meilleurs films italiens, le festival Lago Film Fest (Revine lac).

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FOBIE DEL GUARDRAIL

Fano International Film Festival 2013

Sigla d'apertura

Crescita anonima -2007

En 2015 avec son court métrage, il participe à la tournée "Taking Lives" par Francesca Guidi qui traite de la question de la violation des droits fondamentaux des personnes handicapées et de leur sexualité.

Dans la même année il montre des accessoires de mode pour le magazine DressCode.

 

En 2016, son film "La virgule dans le tiroir" est sorti dans le DVD 4 d'animations produit par Paola Bristot et Andrea Martignoni. Dans la même année, en tant que concepteur graphique il créé le générique du film "Lord Of Blue" de Domitien Delvaux Cristopharo avec Paola Barale et Jgor Barbazza, produit par Filmon Agguaro.

 

Ses œuvres ont été diffusées sur le Manifeste #Alias, Domus, République D, Watt Magazine, Animation Award britannique, The Stranger, Résiste, Fano Festival international du film, Cahiers de la di Teatro Roma et Les Films du Paradoxe. Récemment, son dernier court-métrage a remporté le 1er Prix National de l'argent Festival "Musa à Ragusa.

SON SITE : http://marcocapellacci.jimdo.com

FOCUS CYRIL CAINE

Les photographies de personnes défigurées de Cyril Caine sont certainement pour la plupart choquantes, difficiles à affronter, regarder.

Le Bateau parle de cul, de sexualité mais aussi de corps. Et si cette digression a pu vous dérouter, elle m'a semblée très importante néanmoins.

En effet, elle parle du corps, de la souffrance, de l'humain, du rapport aux autres, leur regard, l'acceptation de soi. Elle interroge la beauté d'une image, d'une personne, et aujourd'hui de part son histoire parle de censure.

Pour tout cela, Le Bateau est totalement en accord avec le travail cet artiste.

Voici donc un texte de Cyril qui vous permettra d'appréhender ces images que je vous ai servies brutes dans le numéro 9 d'octobre.

Jessica Rispal

ENTRE - SORT

Le monstre, la défiguration, l’horreur, la peur, l’autre.

Que dire de cette série qui n’ait pas déjà été écrit ; qu’il s’agit ici de faire accepter la différence esthétique, que les personnes défigurées ont aussi une place dans notre société plus habituée aux implants mammaires qu’aux greffes de visages, qu’il est plus acceptable de se transformer que de se retrouver ? Peut-être ou pas, aujourd’hui et ce depuis plusieurs années que je me bats pour faire connaitre ces visages déshumanisés rien a changé et rien ne changera jamais.

 

L’être différent sera à tout jamais mis à l’écart de notre monde, celui qui n’a pas fait le choix de ne plus se ressembler sera mit au ban de notre société à l’inverse de celui qui se transformera consciemment, volontairement. Des lèvres plus pulpeuses, des seins comme des ballons de baudruche ou encore des fesses démesurées. Avec la complicité de certains médecins nous nous habituons à leurs créations, devant ces chimères boursouflées, devant ces poupées devenues fetish grossiers de féminité fantasmée nous nous prosternons. Hommes et femmes aux regards bovins nous les envions, dans la télé les culs en 16/9 défilent, nous font voyager dans ce monde inaccessible d’argent, de paradis exotiques et de palaces luxueux. 

 

Le rêve en silicone a un arrière goût de botox.

 

Mais pour la plus grande partie de la population ce nouvel esthétisme est tout a fait acceptable, mieux, on fait déjà des économies pour payer une augmentation mammaire à la petite dernière, cadeau surprise de ses seize ans et pour l’ainé puisqu’il vient d’avoir son bac et rentre à l’université pour le récompenser d’avoir bien travaillé à l’école on lui glisse un rendez vous express pour une petite Abdo plastie, après tout ça n’est pas en restant assis à regarder la famille Kardashian qu’il a le temps de faire du sport, la culture d’abord!

 

Que les choses soient claires, je ne tomberai pas dans un extrémisme des contraires, je ne suis pas opposé à la chirurgie plastique, si un individu peut soigner un certain mal être en se transformant libre à lui, son corps lui appartient, la métamorphose peut parfois amener à la renaissance, loin de moi de juger le corps des autres. La modification corporelle a toujours fait partie d’une certaine recherche artistique et thérapeutique.

 

Ce que je dénonce c’est le dictat des médias qui ne tend qu’a une chose c’est de nous tirer vers la névrose. De nous vendre l’image physique d’un autre en y associant le mirage du bonheur. Hors l’individu est un et donc unique, la perversité des images diffusées ne renvoie qu’à une réalité tronquée, maquillée ne visant qu’a l’uniformisation d’une société plastifiée, lisse, une mondialisation de l’esthétisme du corps, le reflet universel de l’autre à la frontière schizophrénique.

 

C’est pour ces raisons qu’il est important de ne pas faire l’amalgame entre l’homme défiguré qui n’a d’autre choix que de subir et de l’individu prenant la décision de modifier sa chair, nous parlons ici du libre arbitre qui est annihilé chez l’homme sans visage.

 

Parfois je regrette le prix que j’ai eu à payer pour faire cette série de portraits.

J’ai tout perdu en croyant œuvrer pour une noble cause, plus de famille, plus d’amis, plus de maison, plus d’argent, la maladie. Je ne suis pas à plaindre évidement, les modèles le sont eux, beaucoup de ces personnes sont hélas partis peu de temps après certaines prises de vues.

Je regrette seulement d’avoir perdue 10 ans de ma vie en pensant que de simples photos pouvaient faire changer les choses, il n’en est rien.

Ces photos ont été vue dans le monde entier, j’ai été interviewé dans toutes les langues ce qui m’a valu également d’être insulté dans certains langages inconnus, la rançon de la gloire me direz vous, moi j’appellerai ça la réponse des cons. 

J’ai fréquenté des sommités de la médecine, j’ai assisté à tout ce qui se faisait, chirurgie, dissection de cadavres dans des morgues remplies d’étudiants stupides, d’autopsies où les corps sont traités comme de la viande sur l’étal d’un boucher ( rires des policiers en plus…), les thanatopracteurs et leurs bombe de peintures et tubes super glue pour coller les yeux, les préparateurs de corps et leurs sacs poubelles qu’ils glissent dans le ventre du défunt ( rien ne se jette ), les docteurs ricanant lorsqu’ils vous annoncent que vous devez subir une opération grave, les infirmières qui vous laissent sonner pendant une heure avant de venir à votre secours, les brancardiers qui après une intervention lourde parlent de musculation, claquent votre lit contre les portes et coincent vos drains dans les angles des couloirs, les techniciens chargés de vous faire passer un scanner de l’aorte et qui vous demande de retirer vos sous vêtements. J’ai vu l’impudeur, l’employé de bureau aigri qui sort de la salle d’opération car l’heure c’est l’heure même si le patient est en train de subir une intervention. L’anesthésiste qui oublie de surveiller ses moniteurs, trop occupé à raconter ses histoires de fesses ou bien même de les montrer sur son téléphone portable.

J’ai vu, j’ai travaillé avec un professeur hautain et méprisant, persuadé d’être un esthète dans l’histoire de l’art, d’avoir un gout infaillible, un professeur qui se targue de travailler dans l’hôpital publique pour aider les gens mais qui ne peut s’empêcher d’aller à la course aux médailles, aux repas du club de l’excellence et qui refuse tout à coup de payer les photographes bien qu’il utilise leurs photos dans tous ces congrès , je l’ai vu devenir juge et jurer, je l’ai vu baisser son pantalon devant les puissants.

 

J’ai vu l’hôpital, j’ai vu la maladie, j’ai vu les corps en souffrance et dans ce lieu aseptisé de tous sentiments j’ai surtout vu toute la laideur des gens qui nous soignent, j’y ai vu une horde rapaces vaniteux plus occupés à s’indigner de devoir payer l’ISF que de sauver des vies. 

 

Une usine au quota de perte acceptable.

 

Je n’ai trouvé d’humanité que dans le regard de mes modèles défigurés.

Dans ces yeux j’ai vu l’espoir qu’un photographe s’intéresse à eux, qu’il souhaite les montrer comme des êtres vivants et non pas comme des monstres de fêtes foraines, l’espace d’un shooting je les ai fait rire, sourire. Et dans la pénombre se confier sur leurs craintes, sur le néant qui les attendait, sur le froid et la mort, je les ai écoutés, entendu, respiré et immortalisés.

 

Mon ambition était de les rendre beaux, naïvement, que par ces portraits ils puissent retrouver une vie acceptable, de proposer une alternative aux critères de beauté dictés par la masse, de prouver que même après l’horreur l’être humain pouvait être beau car il n’avait plus qu’a offrir non plus un sourire programmé mais une part de son âme par ce qui lui restait, son regard, sa voix abimée, mais j’ai échoué.

 

On nous enfermera dans des boites cloisonnées, hermétiques, pour eux « les monstres » pour moi « photographe du gore, dérangé ».

 

Aux yeux du monde ils resteront des abominations, on me traitera de voyeuriste, de vouloir exploiter la détresse des malades, on les évitera dans la rue, on me détestera, on se moquera d’eux, mais rassurez vous, moi et mes monstrueux amis nous vous détestons aussi. 

 

Cyril Caine

cyril.caine@yahoo.com

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